Quel type de développement économique réserve-t-on à Montréal?: Une analyse des politiques par l’IPAM

11 août 2011 – La Stratégie de développement économique 2011-2017 de Montréal, dévoilée le 13 juin, est un document exhaustif qui dresse le bilan de la situation économique actuelle de l’île de Montréal et propose certains principes d’action pour les cinq années à venir. Une telle vision globale, qui donne sa place tant à l’économie sociale qu’aux entrepreneurs et autres acteurs économiques, est un outil nécessaire et utile. Renouer la ville et le fleuve, promouvoir la collaboration et l’innovation, encourager l’entrepreneuriat et augmenter le PIB sont tous des objectifs louables que la stratégie a le grand mérite de souligner et d’encourager.

Et les Montréalais?

Cependant, ce document est principalement tourné vers l’extérieur, et la stratégie proposée vise essentiellement à attirer les talents et les investisseurs externes, notamment par le biais de projets immobiliers d’envergure. Le document présente en quelque sorte une ville à vendre. On y fait peu état de la population actuelle de Montréal, dans toute sa diversité et sa richesse sociale. Or, une stratégie économique devrait, en premier lieu, se focaliser sur l’augmentation du bien-être des résidants actuels. Ne miser que sur de grands projets immobiliers pour rendre la ville attrayante risque de créer des activités récréotouristiques aux dépends des travailleurs, des artistes et des établissements d’où émanent les innovations et la richesse actuelles de Montréal. En somme, la stratégie tend à faire abstraction du tissu économique et social existant et passe bien trop rapidement sur les actions concrètes qui pourraient être posées pour améliorer le niveau de vie et l’intégration économique des Montréalais eux-mêmes.

Une autre économie

L’économie ne peut reposer uniquement sur des personnes talentueuses, de grands investisseurs, des diplômés universitaires, de culture et de services haut de gamme. Le secteur manufacturier, qui domine encore l’économie montréalaise, dans lequel des milliers d’emplois ont été perdus depuis 2000, ne fait pas l’objet d’une stratégie. Les sans-abri, les chômeurs, les réfugiés et les immigrants récents sont aussi des acteurs économiques – qui représentent un potentiel à reconnaître et, si ce potentiel n’est pas reconnu, il s’ensuivra un coût public important. La stratégie 2011-2017 ne propose aucune vision qui permettrait de rehausser et d’appuyer  le potentiel de ces acteurs. Par exemple, une emphase particulière est mise sur l’augmentation du taux de diplomation de la population : aucune mention n’est faite de la formation continue, de l’aide à la reconversion économique d’individus qui subissent les changements structurels actuels, ni de la reconnaissance de compétences. De même, la lutte contre le chômage et la pauvreté est explicitement absente du nouveau paradigme promu par la stratégie. Finalement, parmi les partenaires mentionnés, le secteur associatif – par exemple les syndicats et les groupes communautaires – sont absents.

Une île dans une métropole

La stratégie proposée est axée uniquement sur l’île de Montréal. Laval, la Rive-Nord et la Rive-Sud y sont présentés comme des concurrents et non comme des partenaires. Il n’est donc aucunement fait mention des complémentarités qui existent, ou qui pourraient se construire, entre l’île et ses banlieues. Or, les grappes industrielles – tels l’aéronautique ou les écotechnologies – ne s’arrêtent pas aux ponts, et les emplois sur l’île de Montréal sont souvent occupés par des habitants du reste de la métropole (et vice-versa). Les causes sous-jacentes de la migration de Montréalais vers ces banlieues ne sont pas présentées, et la création d’une offre résidentielle abordable ne fait pas partie de la stratégie : seuls, des grands projets structurants y sont mentionnés, et d’éventuels processus participatifs visant à mieux comprendre les besoins locaux en matière de logement et d’emploi en sont absents.

Les moyens de l’action

Finalement, la question des moyens n’est pas abordée. Quelle que soit la stratégie avancée, avec toutes ces qualités et ses limites, l’agglomération de Montréal – c’est à dire la municipalité de Montréal et les autres municipalités de l’île – ne possède pas les leviers politiques, fiscaux ni matériels qui lui permettrait d’influencer réellement la trajectoire économique de l’île et des entreprises et des populations qui s’y trouvent. Lorsqu’une initiative financière est prise, telle l’internationalisation de Bixi, l’on constate que la ville ne possède pas les pouvoirs nécessaires. Le rééquilibrage des pouvoirs de décision, d’action et de financement entre les gouvernements supérieurs et les municipalités, qui devrait être au cœur de toute stratégie économique élaborée à l’échelle intermunicipale, est le grand absent de la stratégie 2011-2017.

Pour l’Institut de politiques alternatives de Montréal :

Phyllis Lambert
Présidente de l’IPAM, directeur fondateur et président du Conseil des fiduciaires du Centre Canadien d’Architecture.

Norma Rantisi,
Membre du CA de l’IPAM, professeur, Département de Géographie, Université Concordia

Dimitri Roussopoulos,
Vice-président de l’IPAM

Richard Shearmur,
Membre du CA de l’IPAM, professeur, INRS Urbanisation Culture Société

En collaboration avec :

Jean-Marc Fontan, professeur,
Département de Sociologie, UQÀM

Vincent van Schendel,
Économiste, Service aux Collectivités, UQÀM

Les titres professionnels ne sont fournis qu’à des fins d’identification.

Montréal: Aujourd’hui et demain

Table ronde de l’IPAM – bilingue

Co-présidée par Phyllis Lambert, architecte et présidente de l’IPAM, et Dinu Bumbaru, Directeur des politiques d’Héritage Montréal et membre du Conseil d’Administration de l’IPAM

1- L’environnement
Présenté par Alex Aylett, boursier Trudeau, géographe urbain, Université de la Colombie-Britannique, et associé principal de recherche, Centre International des Villes Durables
Un aperçu critique des démarches mises en place pour être plus vert et de celles qui devraient être réalisées. Une approche multi-disciplinaire abordant entre autres le domaine du bâtiment, le transport et les changements climatiques.

2- La question du logement
Présenté par Edith Cyr, directrice exécutive, Bâtir son quartier

Un apercu des besoins en logement, en particulier concernant les logements sociaux et l’itinérance. Quels sont les nouveaux buts à se fixer?

3- La justice sociale et la ville
Présenté par Winnie Frohn, études urbaines, UQAM

Une vue d’ensemble des enjeux majeurs tels que la pauvreté, l’alimentation, la sécurité, le chômage, la prostitution, la consommation de drogues et les droits humains.

4- La démocratie
Présenté par Dimitri Roussopoulos, vice-président de l’IPAM

Un aperçu des outils démocratiques actuellement en place, de la façon dont ils sont utilisés, des problèmes de gouvernance qui peuvent en résulter et de ce qui doit être fait.

Le vendredi 26 août 2011
13 h 30
Palais des Congrès de Montréal
1001 Place Jean Paul Riopelle
Salle 517 D

Cette table ronde aura lieu dans le cadre du Sommet mondial Écocité 2011

TableRonde-RoundTable

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